Sang toi

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All day, she lies in her coffin in her négligé of blood-stained lace. When the sun drops behind the mountains, she yawns and stirs and puts on the only dress she has, her mother’s wedding dress, to sit and read her cards until she grows hungry.

Angela CARTER, The lady of the house of love

Battant ces mois l’pavé liégeois, il me fut donné d’admirer plusieurs fois la juxtaposition lumineuse, merveilleuse, d’un vêtement rose et d’une peau noire. L’rouge plus brun, je connaissais, m’y adonnant depuis qu’ado, j’avais vu la Kriss des Archers en porter. Mais brun et rose, c’était tout autre chose.

Brun, rouge et rose… L’envie de former un ménage à trois me titillait et v’là-t’y pas que l’portrait d’mes menstrues s’y prêtait ? Il fut brossé avec en ligne de mire Correspondance(s)#2, une expo collective made by l’Hangar. Tir loupé mais la décoche était au poil, c’est l’arbitre qui l’a dit ; – )

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Voici, pour les intéressés, comment m’est née l’idée de Rambelle menstruelle. Hématophobes s’abstenir.

« Correspondance(s) » m’a d’abord évoqué le parfait emboitement de deux intimités et le désir qui chez moi est rarement plus puissant qu’en veille de période salissante. Désir puis sang puis… douleur, tuante et tout tuant. Guerre menstruelle, baston en l’con.

 M’est alors revenue en mémoire cette scène de Game of Thrones où Jon l’ignorant se voit rappeler que les filles voient plus de sang que les garçons :

Ygritte: “What’s ‘fainting’?

Jon Snow: “When a girl sees blood and collapses.

Ygritte: “Why would a girl see blood and collapse?

Jon Snow: “Well…not all girls are like you.

Ygritte: “Well, girls see more blood than boys.

 Elle parle règles quand il pense guerre et moi, je ne pense plus guère : je vois Rambo, son affiche, ses parodies et sans crier gare, l’analogie formelle entre la balle et le tampon. Des trous, du sang. La balle est cause, le tampon conséquence. Correspondance.

Correspondance aussi les morpions dessinés désignant par antanaclase la possible présence révélée par l’absence. Perte ou non perte de sang… ou perte tout simplement. Faire avec ou faire sans, à défaut de faire sens.

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Et toujours s’efforcer de voir la vie en j’ose (NDLA).

RIP

 

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J’observe les grenouilles s’en donner à corps joie. Elles sont deux, puis trois, puis d’œufs. Ceux-ci furent dessinés pour décrocher un job qui finalement m’a échappé.

Correspondance

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Le masque tire son étymologie du bas-latin masca, désignant le cadavre enveloppé dans un filet destiné à empêcher le retour du mort, pour souligner son aptitude à enrayer le processus de la défiguration par décomposition, à éviter l’altération des traits et à maintenir la ressemblance, tout en promouvant une image encore acceptable du cadavre, qui puisse s’apparenter à la représentation d’un être endormi.

Bertrand TILLIER, La belle noyée – Enquête sur le masque de l’inconnue de la Seine

Hier jour. Sortie quérir carottes et oignons pour nourrir m’poyon, voilà-t-y pas qu’je Divintage et que j’y entre… avant d’en ressortir avec au bras un cadeau, un chapeau: une coque en velours forgée dans le Paris des années ’30.

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Je ne l’ai pas dénichée, elle me fut mise en main. Ce détail est d’importance car une fois ses légumes défournés et mon thé descendu, j’ai posé le présent à côté de l’écran affichant mon en-cours du moment et ce faisant, il m’apparut que l’un était comme l’impression 3D d’un bout de l’autre.

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Saisissant, nan?

Et quitte à causer d’sang, c’que j’kiffe itou en ce couvre-cheffe, c’est qu’il évoque en sa structure un crâne d’Alien et/ou un ciboulot grave gros. Vous avouerez qu’un masque de cerveau, c’est toujours mieux qu’un rhume et qu’pour conter fleurette à un zombie ami, on n’a rien trouvé d’mieux.

En conclusion, merci pour le cadeau et l’échange sur l’cas d’l’eau ; – )

Être soie

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Botticelli et ses nymphes fleuries ont bousculé l’image de la soie jusqu’alors réservée à des personnages hiératiques et immobiles. La séduction, la célébration de la nature, la grâce l’emportent sur le pouvoir : c’est le double visage de la soie.

Yvonne de SIKE, La soie – Mythologies d’hier et d’aujourd’hui

Je vous avais promis des bobines guillotinées à la langue bien pendue mais les cabèches en verve attendront. Notez qu’il n’est pas question de perdre tout-à-fait le fil puisqu’en fait de bobines, nous causerons chiffons.

Figurez-vous qu’en la fin de janvier, je suis entrée dans un magasin de charité où les costumes de carnaval s’agglutinaient sur deux portants dédiés. Super-tenues inflammables et robes de fée y côtoyaient d’authentiques vêtements nés d’autres cultures : caftans, djellabas, salwar kameez et lourdes soieries venues d’Asie.

Incongru, violent classement.

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Notez qu’un lien peut tout de même être fait entre mes nouvelles peaux de soie et le carnaval puisque les mascarades rurales, c’est la lutte de l’hiver et du printemps, la fertilité, le renouveau. Et que la soie, la soie… « Comment pourrait-on supposer que la sensibilité des hommes et des femmes n’ait pas été touchée par le fascinant processus de la production de la soie, qui rappelle tant les rythmes de la mythologie locale avec la symbolique de la résurrection du papillon ?» (La soie – Mythologies d’hier et d’aujourd’hui).

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J’ai coiffé mes poupées des masques d’argile dont j’aime à me plâtrer. Histoire d’boucler la boucle, v’voyez.

Bonne journée : – )

On s’marre co chal

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Moi, dit une très vieille femme, je ne crois plus en Dieu. Hier soir, j’ai touché deux œufs, des vrais œufs. En rentrant chez moi, mon pied a manqué le trottoir, je les ai cassés tous les deux. Je ne crois plus en Dieu.

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Marcel AYMÉ, En attendant

Mon histoire est l’histoire d’une nullipare qui pondait des œufs, c’est à dire qu’elle en dessinait. Saviez-vous que les œufs de crapaud s’pondaient en chapelets et ceux de grenouille, en grappes ? Logiquement, il faudrait donc parler de crapaud de bénitier et lâcher la grappe (de raisin) aux grenouilles jusqu’ici calomniées. En plus, dans crapaud, il y a « eau ». CQFD ; – )

Sous mon stylet, les chapelets furent transformés l’un en boa sur Phryne des années folles, l’autre en collier de perles pour reine jubilante.

Mais je n’ai là guère le temps d’en enfiler,  dit la fée Car-Elle-Bosse.

D’ailleurs, j’y retourne.

Rendez-vous la semaine prochaine pour un article un zeste plus z’étoffé, causant de bien bavardes têtes coupées.