À mesure qu’il buvait, à ses yeux du moins, Arsène s’animait ; seulement, quand, à son tour, Arsène vidait son verre, quelques gouttes rosées roulaient de la partie inférieure du collier de velours sur la poitrine de la danseuse.

Alexandre DUMAS, La femme au collier de velours

Merci beaucoup, bon coup, pour ce moment, c’est ce qu’aurait pu dire Hoffmann à la belle Arsène. La fantastique histoire de La femme au collier de velours fut narrée par Dumas qui la tenait de Nodier et sa lecture est à l’origine de mon engouement pour les nouvelles de l’après révolution d’en France mettant en scène des têtes parlantes, c’est-à-dire des mortes auxquelles on aurait coupé la tête mais non l’sifflet.

Un noir collier de velours ne quitte jamais le cou d’Arsène, fascinante et vénale protégée de Danton. Un grigri, un bijou pour mieux tenir le coup en cas d’pas d’bol, de ras-le-bol. Un collier ras-de-cou. Une parure de mauvaise augure dans ce cas-là comme dans The Bloody Chamber de l’Anglaise Angela :

His wedding gift, clasped round my throat. A chocker of rubies, two inches wide, like an extraordinarily precious slit throat [.] After the Terror, in the early days of the Directory, the aristos who’d escaped the guillotine had an ironic fad of tying a red ribbon round their necks at just the point where the blade would have sliced it through, a red ribbon like the memory of a wound. And his grandmother, taken with the notion, had her ribbon made up in rubies;

The Bloody Chamber est l’adaptation par Carter de La Barbe Bleue de Perrault, trait distinctif d’un sérial lover qui comme vous le savez fut tout, sauf un bon coup. Retour à l’extrait. Ces rubans ras-de-cou étaient, dixit la narratrice, arborés par les aristocrates rescapés de la Terreur en signe de défiance. On parle ailleurs d’hommage aux morts. Qui sait ? Les faits n’sont pas prouvés et les bals des victimes n’ont peut-être jamais existé… mais l’idée est à retenir : elle a du chien.

À l’heure où ces colliers parent à nouveau les jeunes cous et où, sur le podium Gucci, on a vu parader de pseudo-têtes décollées, j’en ai fait un dessin : http://dauphineraisin.com/portfolio/fluides-1/. Là, ni velours ni rubis mais des tampons, des masques de protection et d’la boisson maison… et la Révolution, pardi !

Sang tamponne thon
Rouge
?

PS: Le texte et l’image placée en tête d’article sont extraits du fanzine bricolé, conçu par mes mimines pour accompagner Fluides, une exposition d’art naïf et menstruel montée en collaboration avec l’ASBL Barricade et démontée de fraîche date.