Correspondance

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Le masque tire son étymologie du bas-latin masca, désignant le cadavre enveloppé dans un filet destiné à empêcher le retour du mort, pour souligner son aptitude à enrayer le processus de la défiguration par décomposition, à éviter l’altération des traits et à maintenir la ressemblance, tout en promouvant une image encore acceptable du cadavre, qui puisse s’apparenter à la représentation d’un être endormi.

Bertrand TILLIER, La belle noyée – Enquête sur le masque de l’inconnue de la Seine

Hier jour. Sortie quérir carottes et oignons pour nourrir m’poyon, voilà-t-y pas qu’je Divintage et que j’y entre… avant d’en ressortir avec au bras un cadeau, un chapeau: une coque en velours forgée dans le Paris des années ’30.

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Je ne l’ai pas dénichée, elle me fut mise en main. Ce détail est d’importance car une fois ses légumes défournés et mon thé descendu, j’ai posé le présent à côté de l’écran affichant mon en-cours du moment et ce faisant, il m’apparut que l’un était comme l’impression 3D d’un bout de l’autre.

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Saisissant, nan?

Et quitte à causer d’sang, c’que j’kiffe itou en ce couvre-cheffe, c’est qu’il évoque en sa structure un crâne d’Alien et/ou un ciboulot grave gros. Vous avouerez qu’un masque de cerveau, c’est toujours mieux qu’un rhume et qu’pour conter fleurette à un zombie ami, on n’a rien trouvé d’mieux.

En conclusion, merci pour le cadeau et l’échange sur l’cas d’l’eau ; – )

Être soie

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Botticelli et ses nymphes fleuries ont bousculé l’image de la soie jusqu’alors réservée à des personnages hiératiques et immobiles. La séduction, la célébration de la nature, la grâce l’emportent sur le pouvoir : c’est le double visage de la soie.

Yvonne de SIKE, La soie – Mythologies d’hier et d’aujourd’hui

Je vous avais promis des bobines guillotinées à la langue bien pendue mais les cabèches en verve attendront. Notez qu’il n’est pas question de perdre tout-à-fait le fil puisqu’en fait de bobines, nous causerons chiffons.

Figurez-vous qu’en la fin de janvier, je suis entrée dans un magasin de charité où les costumes de carnaval s’agglutinaient sur deux portants dédiés. Super-tenues inflammables et robes de fée y côtoyaient d’authentiques vêtements nés d’autres cultures : caftans, djellabas, salwar kameez et lourdes soieries venues d’Asie.

Incongru, violent classement.

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Notez qu’un lien peut tout de même être fait entre mes nouvelles peaux de soie et le carnaval puisque les mascarades rurales, c’est la lutte de l’hiver et du printemps, la fertilité, le renouveau. Et que la soie, la soie… « Comment pourrait-on supposer que la sensibilité des hommes et des femmes n’ait pas été touchée par le fascinant processus de la production de la soie, qui rappelle tant les rythmes de la mythologie locale avec la symbolique de la résurrection du papillon ?» (La soie – Mythologies d’hier et d’aujourd’hui).

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J’ai coiffé mes poupées des masques d’argile dont j’aime à me plâtrer. Histoire d’boucler la boucle, v’voyez.

Bonne journée : – )

(Gueule de) bois de vote

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Anyone can count those trees –there are hundreds if not thousands of them. But although it has many parts, this stand is really one single organism. Under the ground the “tree” is continuous. It forms a connected structure with many upright shoots that emerge from the soil, straining our everyday notion of a single tree.

Lynn MARGULIS and Dorion SAGAN, Aquiring genomes- A theory of the origin of species

Ma feuille, c’est ainsi que me bien nomme l’un saigneur d’mon bosquet. Par quoi ce nom lui fut-il inspiré et pourquoi, sitôt reçu, a-t-il résonné vrai ? Miss terre et boule de gomme… arabique (puisque la guimauve, ah !).

Mais figurez-vous qu’en septembre dernier, cette feuille en a croisé d’autres qui l’ont fort intriguée : l’endroit était le Rudolfinum de Ljubljana et les feuilles, des feuilles en argent, des feuilles romaines, des feuilles… votives. Fallait-il là comprendre que cet empire, cet autre empire en « ain » avait, lui, le vote chic jusqu’au bout d’ses bulletins ?

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Que nenni, non pas, Nenni-da ! Ces plaquettes précieuses étaient réellement des offrandes faites aux dieux, en leurs temples, par des fidèles en demande ou reconnaissants. Miss univers et bubble gum, notez, sur le pourquoi du choix de cette forme…

… forme qui m’était familière, et pas pour rien. C’est en découvrant leur image à l’écran que le franc est tombé : ces feuilles argentées m’en rappelaient d’autres acquises autrefois à Bujumbura et portées en collier du temps où la forêt de mon imaginaire venait d’être plantée.

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Bonne soirée : – )

D’humour et d’eau fraîche

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« Je ne puis regarder attentivement la vie sans éclater de rire, mais quand je ris aux éclats, je souffre abominablement. C’est ma façon de pleurer à moi, qui n’ai pas les yeux faits comme tout le monde »

Jean LORRAIN

Hasard des projets, mes images voient ces temps le jour, seitan : la vie en noir et blanc mais les couleurs, leurs associations, m’inspirent toujours autant. Qu’à cela n’Etienne, mes favorites seront consignées céans et tant qu’à faire, j’leur brosserai le portrait.

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Ici, l’union des couleurs turquoise et lie-de-vin célébrée début septembre dans mon salon, mariage improbable d’un manteau achevant d’sécher sur une chaise et de mon sac jeté sans y penser… à son pied. De quoi le prendre, assurément ; – )

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Et la prêtresse rhabillée d’soie sauvage puis sortie d’mon placard, vous l’aimez ? En vérité, l’été me manque déjà.

Signé : Dauph’rêche (parfois)

PS: Ma Line, l’image au bateau est pour toi et s’appelle “Vent”… comme dans “bon vent”, “prout” et “allons de l’avant” : – )

PPS : En ce format, steak haché presque mais faut l’savoir, c’est important, les ailes des moulins d’avant sont réellement de petites bouches s’poilant.

Orient, riants iris

Transformation de fleurs en papillons

Il obligeait ses victimes à porter des mentonnières faites de rangs de perles, les étouffait sous les renards blancs, les poignardait de plumes d’autruche, les emprisonnait (comme on entrave les jambes d’un cheval pour l’empêcher de s’évader) dans des jupes de harem. Des tuniques laitonnées comme des abat-jour pendaient autour de leurs hanches, de lourdes capes les enveloppaient et elles étaient couvertes de franges et de glands, ainsi que de bijoux barbares. Cet orientalisme violent qui attacha, ligota quelques-unes des femmes les plus respectables de Paris, est encore plus étonnant lorsqu’on sait que Poiret, à l’époque, n’avait encore jamais quitté la France.

Cecil BEATON, Cinquante ans d’élégances et d’art de vivre

Plusieurs fins de soirées passées à me délecter d’une traduction du Glass of Fashion de Cecil Beaton achetée au hasard d’une librairie d’occasion. Le photographe m’était inconnu, le ton de l’auteur m’a beaucoup plu.

Pour fêter cette trouvaille de quatre sous, retour timide des intermèdes textiles avec, ci-dessous, jamais-deux-sans-trois autoportraits de moi en robe et enrobée, trois tenues pour me rappeler ma plaisante mais pluvieuse, pluvieuse mais plaisante escapade à Nancy-belle-en-ce-miroir:

Tenues inspirées par Poiret et l'orientalisme

Et ce second extrait:

Aussi quelque choix que le goût individuel puisse faire, fût-ce à propos d’un escabeau ou d’un panier d’osier, il procédera toujours d’un choix initial plus profond, il traduira un besoin de l’esprit par lequel une valeur particulière est conférée à cet escabeau ou à ce panier. La beauté de ces choses nous deviendra perceptible à travers la personnalité de celui qui les aura choisies. C’est dans nos choix que nous révélons le plus profond de notre nature et une individualité véritable peut nous faire voir les objets de son choix avec des yeux nouveaux, avec ses yeux.

Ce n’est qu’ainsi voulu et vécu qu’Instagram, à mes yeux, présente un intérêt. Traduction: j’acquiesce. Traduction d’la traduction: j’dis yes!

Bon printemps,
D