Tu m’écoutes ?

Hors train et sorties en dehors d’mon traintrain, je prends de plus en plus rarement le temps de lire. Me restent les livres audio écoutés en dessinant. Voici deux pépites découvertes récemment :

Miss Marjoribanks, un roman de Margaret Oliphant dont l’héroïne, Lucilla, fut souvent comparée (avantageusement) à l’Emma de Jane Austen. Le pourquoi d’ce comment, à l’écoute, est évident. Lucilla déchire, tout simplement.

Les whodunits de Dorothy Leigh Sayers lus par Ian Carmichael. Humour, personnages emblématiques et modernité de ton… je fonds et dis : « Agath’addicts…foncez ! ».

Puis enfin, file au lit.

Youpi : – )

Pavé num’éric (dans la mare)

 

Dauphine-raisin-pouf

Grâce à Ligozzi, le monde naturel et fantasmagorique des pierres, exhumées des entrailles de la terre, s’entrouvre pour accueillir et interpréter d’autres expressions très colorées de la nature qui parsèment la terre, telles les fleurs, ou ponctuent le ciel, comme les oiseaux.

Annamaria GIUSTI, La marqueterie de pierres dures

C’est en un palazzo de la Sérénissime, le Ca’Rezzonico, musée du Seicento, que mon attention pour la première fois s’est fixée sur le commesso di piètre dure, la mosaïque florentine, marqueterie et presque peinture de pierres dures (par opposition aux marbres, tendres). Dans la Florence d’il y a cinq ans, j’en avais vu sans y voir goutte, sans y goûter : les chichiteuses pierres de la chapelle des Princes m’avaient laissée de marbre. À Venise, j’ai regardé.

Faut dire qu’l’allure d’la mosaïque était fort autre et le timing, parfait : ayant décidé peu avant, la veille précisément, de faire se rencontrer mon style et celui d’un projet, j’errais là, cogitant donc étang, me demandant d’quels traits doter leurs rejetons. Délester mes images de leur noire bordure, soit, mais comment m’assurer que cela fait, elles portent encore ma patte ?

La solution, j’en avais l’intuition, était à piocher en ma façon particulière de colorer, de mettre en motif plutôt qu’en couleur. Mais des mouflets, flous restaient les traits. Et d’l’évidence, le sentiment m’manquait. Frustrant, éminemment.

Un puis deux plateaux de table marquetés plus tard, j’exultais.

Renseignements pris dans La marqueterie de Pierres dures d’Annamaria Giusti, la mosaïque qui me séduit est celle à la mode de Jacopo Ligozzi : formes simplifiées, précision botanique, « aplats chromatiques limpides et nets » sur « fond nocturne si resplendissant» en marbre noir des Flandres.

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Mais la vraie joie, le luxe roi, n’est-ce pas aussi d’s’aventurer parfois par-delà le j’aime/j’n’aime pas ? De prendre le temps d’apprendre, d’apprendre comme ici, commessi, d’apprendre par exemple comment on est passé, sous François d’Médicis, de l’engouement pour les marbres romains au goût maitrisé pour les pierres marquetées? Et comment ce goût a jusqu’à nous évolué?

Ce livre pour cela est parfait et parfaitement illustré.

Une mine, une vraie ; – )

Poils de Poirot

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‘Mademoiselle Penn –the effect is charming. But you should really grow a moustache.’

Double sin, Agatha CHRISTIE

Un soir récent, Morphée tardait et, bercée par le Poirot d’David Suchet, je poireautais, quand soudain parurent, au verso de miniatures, les mèches des maréchaux portraiturés. Double sin était titré cet épisode dans lequel douze précieux médaillons faits sous Napoléon filent – l’oserais-je ? – à l’anglaise.

Double pêché rencontre pêché mignon : c’est une nouvelle apparition pour ma collection virtuelle de toisons.

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Agatha, ainsi, m’a gâtée… par adaptation interposée puisqu’en Double sin l’ancienne, c’est-à-dire la nouvelle, les roublards sont pareillement de mèche mais, suspense oblige, personne ne la vend et il est question uniquement de miniatures peintes par Cosway.

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Arrivée d’hair chi… gnon ?

Rope

Sirènes antiques encordées à leur lit de crânes

J’ai connu à Londres un Anglais qui faisait collection des cordes de pendus. Il avait voyagé dans une portion du globe et dans l’autre ; il avait des correspondants ; par lui et par ses correspondants, il s’était mis en relation avec les bourreaux des quatre parties du monde. Aussitôt un homme pendu en Europe, en Asie, en Afrique ou en Amérique, l’exécuteur coupait un bout de la corde, et envoyait cela avec un brevet d’authenticité à notre collectionneur, lequel en échange lui retournait le prix de son envoi ;

Alexandre DUMAS, Les mariages du père Olifus

Voici rare, si rare fait, un bout d’dessin inachevé, montré non coloré, en traits. Faut avouer qu’l’en-cours et l’brouillonné peuvent souvent si peu cacher que vous les dévoiler ici ne me plait qu’à moitié. Mais l’image en cours ne sera pas de sitôt finalisée alors bon gré mal gré, j’ai risqué.

À vous livrés, ainsi, des crânes moult nombreux croquant par leurs racines des pissenlits, trois cages bientôt dorées plus trois sirènes en plumes et encordées, pendues en sursis surgies, comme qui dix raies, d’un fantastique récit. F. Avis d’ailleurs aux amateurs non de nouvelles mais de légendes, La capote du pendu de Marcellin Lagarde, courte relation des hauts faits d’un singulier vêtement made in Remouchamps, m’avait, ado, fait forte impression.

Sans transition,
Xoxo,
D

Une blonde émoustillante

Jeune femme auréolée d'une cascade de cheveux blonds

The figure has paused again, and half on the bed and half out of it that young girl lies trembling. Her long hair streams across the entire width of the bed. As she has slowly moved along she has left it streaming across the pillows […] With a sudden rush that could not be foreseen – with a strange howling cry that was enough to awaken terror in every breast, the figure seized the long tresses of her hair, and twining them round his bony hands he held her to the bed.

James RYMER or Thomas PREST, Varney the Vampire

Une blonde émoustillante est le titre d’un film de Jiří Menzel, film sous le charme duquel j’ai trébuché. Moutarde sur le jambonneau d’ce bel ouvrage : les boucles en cascade de sa blonde héroïne, finalement tressées, tranchées et trimballées sur le porte-ramages de son vélo. Ma fascination pour les toisons sacrifiées n’est, en effet, plus qu’un secret d’polichinelle… dans le tiroir… dixit l’scénar ; – )

Ça craint?
Ça craint, je crois, mais n’le crin pas.

Place aux images:

Marja persuadant le coiffeur de lui couper ses très longs cheveux

Marja transportant sa chevelure coupée à l'arrière de son vélo

Chevelure coupée fixée au porte-bagages d'un vélo
Rendez-vous avant le mois prochain et d’ici là, (sup)portez-vous bien : – )