Le temps de créer -1-

Stèles anthropomorphes comme source d'inspiration

“One goes out, the other stays at home. One’s the genius, the other’s the bourgeois, and it’s only the bourgeois whom we personally know. He talks, he circulates, he’s awfully popular, he flirts with you-”

The private life, Henry JAMES

Ce mai dernier, j’ai délaissé, sur un coup de tête, une image éternellement en passe d’être achevée pour passer quelques jours, mes premiers, sur l’île de beauté. Pauser était une bonne idée puisqu’au retour, j’ai compris enfin ce qui lui manquait et dans la forme, et dans l’idée. C’est qu’entre-temps, mes pas m’avaient menée au pied des statues-menhir de l’elle, statues de guerriers, de guerriers ennemis, d’ennemis vainqueurs dont mon imaginaire s’est nourri.

Inspirantes stèles néolithiques de Filitosa

Guerrier de pierre comme source d'inspiration

Digestion faite, les restes furent accommodés à ma sauce, c’est-à-dire que les épées furent remplacées par des ciseaux. Victoire de la croix sur l’ours-roi sonnant, des légendes anciennes, le glas. Ma boucle était bouclée.

Statues-ménhirs dans l'art naif

Comme quoi, rouler sa bosse au lieu d’bosser peut être plus pro qu’il n’y parait.
Bonne journée,
D

Mon ongle

Salle à manger de style Art Nouveau

With that he pulled open his shirt, and with his long sharp nails opened a vein in his breast. When the blood began to spurt out, he took my hands in one of his, holding them tight, and with the other seized my neck and pressed my mouth to the wound (.)

Bram STOCKER, Dracula

Hier jour, j’ai traîné mon vieux lard dans les rues de Nancy, bravant froid et pluie pour y découvrir son Daum plus les merveilles de son École. Son Art Nouveau, en somme. Hier, donc, j’erre, mire et admire quand soudain, deux mains de verre me tirent d’une douce rêverie. Couleurs, parures, forme des ongles… Tout en ces mains de sirène m’évoque les doigts d’un dessin mien.

Mains ornées de coquillages par Emile Gallé

Je suis, nous sommes au Musée de l’École de Nancy et ces segments de membres furent modelés en 1904 par Émile Gallé.

Invente-t-on jamais rien ?

Mains de Charles le Téméraire

Plus tard, au Musée des Beaux Arts. Chute en arrêt devant la toile d’Auguste Feyen-Perrin représentant Charles le Téméraire retrouvé mort après la bataille de Nancy et identifié notamment grâce à ses ongles, qu’il se plaisait à porter exagérément longs.

Main griffue de Charles le Téméraire

De vous à moi, j’ai trouvé ce nu neige-contre-sang et ses vampiriques presque-griffes puissamment érotiques.

À deux mains… ou plus ; – )

Paris fantastique

Pêche miraculeuse sur la façade du palais de la Porte Dorée

Depuis que le sort m’avait précipité en le trou de catacombes, je m’étais efforcé de ne m’étonner de rien et de me préparer à tout. Qu’un lac se fût présenté à mes regards, quand j’espérais un mince filet d’eau, que des canards se fussent ébattus à portée de ma main quand je n’osais entrevoir pour le contentement de ma faim que le repas un peu maigre des chétifs asellides ; qu’une femme, plus belle de dos que toutes les femmes imaginées par le rêve des sculpteurs, se fût dressée pour mon éblouissement, sur la rive moussue d’une pièce d’eau des catacombes à l’heure de son bain ; que cette femme, s’étant retournée, au lieu de m’exhiber le visage humain, me montrât un groin rose dépourvu d’yeux, mon Dieu ! tout cela, tout cela pouvait s’expliquer ; mais que cette femme, avec son groin rose, parlât le plus pur français, la plus pure langue d’oïl du commencement du quatorzième siècle, oh ! cela ! cela était tout à fait extraordinairement étourdissant !

Gaston LEROUX, La double vie de Théophraste Longuet

La semaine dernière, j’ai saisi l’occasion de revoir Paris et de fuir, aussi, le bruit des couvreurs œuvrant sur l’toit qui présentement m’abrite. Six jours et ces sept découvertes … “fantastiques” . Quelque part dans le 12e arrondissement, le bas-relief d’Alfred Janniot pour le Palais de la Porte Dorée, vestige de l’exposition coloniale de 1931 (ou comment le subjectivement beau jaillit parfois de l’objectivement laid).

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Au musée d’Orsay, une fabuleuse armoire en bois doré et sculpté à la gouge à motifs de croix celtique et autres ornements, d’inspiration personnelle de la reine Marie de Saxe-Cobourg-Gotha, par August Ritzel (1906).

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Les formes, couleurs et mystères signés Maurice Denis, vus au musée d’Orsay, au musée d’Art moderne de la ville de Paris, à l’église du Saint-Esprit et au musée Maurice Denis de Saint-Germain-en-Laye.

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La forêt des catacombes et ses os-papillons. Il paraît que bientôt, de modernes Sous-Préfets partiront s’y coucher et y vider des verres plutôt qu’d’en déclamer.

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La très troublante, l’eh ! épatante œuvre de Kuniyoshi, découverte plus tard que jamais dans le cadre d’une Fantastique ! expo au Petit Palais. Mention spéciale à l’Haltérophilie pour les Tanuki (1842), parce que Pompoko d’Isao Takahata, et parce que.

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L’expo Henry Darger au MAMVP, fenêtre entrouverte sur un surprenant jardin secret.

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Enfin, les femmes à bec d’oiseau exposées au Louvre mais trouvées en Syrie, merveilleuses, émouvantes, boudées comme il se doit par les sots à selfies.

Bon mardi : – )

Aveiro, Douro, Minho… #5: Parc National de Peneda-Gerês

Espigueros dans le parc national de Peneda-Gerês

‘Evidently, though he saw nothing, he suspected some sort of ambush, and was trying to go noiselessly. Wilfred saw all that, and he saw more, too. With a sudden and dreadful sinking at the heart, he caught sight of someone among the trees, waiting: and again of someone – another of the hideous black figures – working slowly along the track from another side of the field, looking from side to side, as the shepherd had described it. Worst of all, he saw a fourth – unmistakably a man this time – rising out of the bushes a few yards behind the wretched Stanley, and painfully, as it seemed, crawling into the track.’

M. R. JAMES, Wailing Well

Suite et presque fin de mon parcours lusitanien avec ces photos volées d’un Peneda-Gerês qui aurait dû être par moi dessiné. S’il ne l’a pas (plus) été, c’est que je manquais de temps : j’étais happée par le printemps.

Lande de bruyère rose au nord du Portugal

Tombe anthropomorphe dans le parc national de Peneda-Gêres

Mais puisqu’il est arrivé, l’été, peut-être croquerai-je enfin l’orange de ses oranges et le noir des toilettes, désuètes, dont se vêtent ses vieilles. Peut-être maculerai-je mon écran blanc du lilas de ses glycines, du jaune de ses abeilles, du gris de ses espigueiros. Peut-être tremperai-je mon stylet dans ses champs roses de bruyères, et peut-être même que j’y laisserai des plumes (ceci est une allusion peu fine à Stanley Judkins, dindon du Wailing Well de M. R. JAMES, plumé dans un champ) (voir l’extrait ci-haut cité).

Glycine dans un village portugais

Peut-être aussi me souviendrai-je les bras croisés.
C’est une possibilité.

Aveiro, Douro, Minho… #4: Source d’eau chaude

Baigneuses seventies

‘In the black abyss there appeared a single Eye that slowly grew, until it filled nearly all the Mirror. So terrible was it that Frodo stood rooted, unable to cry out or to withdraw his gaze. The Eye was rimmed with fire, but was itself glazed, yellow as a cat’s, watchful and intent, and the black slit of its pupil opened on a pit, a window into nothing.’

J. R. R. TOLKIEN, The Lord of the Rings

Dans le Parc National de Peneda-Gerês, il me fut donné d’enfin réaliser mon rêve de fan de bain : trouver une source d’eau chaude qui ne soit ni privée, ni squattée, et buller dans l’eau évaporée…

Ci-suit mon ex-voto, total et achevé :

Baigneuses découvrant une source d'eau chaude

Par quel mystère le bain d’eau chaude s’est-il mué en bain à bulles, par quelle magie les corps baignés, multipliés, furent-ils défripés ? Imagination ou vin vert, les paris sont ouverts !