Aveiro, Douro, Minho… #3: Ruines de Porto et d’ailleurs

‘There’s no beauty without poignancy and there’s no poignancy without the feeling that it’s going, men, names, books, houses – bound for dust – mortal –’

F. SCOTT FITZGERALD, The Beautiful and Damned

Comment n’pas admirer Porto, ville en collines, ville de points d’vue, forêt de toits enchevêtrés ? Je l’ai aimée de bas en haut, sous le soleil, sous ses étoiles ; j’ai vécu ses parcs et ses églises, ses murs d’azulejos, ses couleurs, son marché et ses marchands.

Toits de Porto
Au soir d’mon arrivée, un fait, pourtant, m’a attristée : tant de maisons sans locataires et tant de riches bâtisses laissées à l’abandon, sans dieu ni maître, sans toit ni f’nêtres ; attristée, il va sans dire, moins par les bâtiments –que j’aime aussi ruinés–, que par ce qu’ils me laissaient supposer de la vie des gens qui auraient dû les animer. La crise, me dis-je, la chute. Mais voilà que l’on me parle, mais voilà que l’on m’apprend que la ville avant était en pire état, que petit à petit elle se reconstruit et que le verre de Porto est réellement moins vide que plein… De quoi relativiser la portée du regard porté, non ?

Ruines de Porto

Je vous parlais de ruines. Le fait est qu’au Portugal, j’avais en poche un Fitzgerald, The Beautiful and Damned, dans lequel l’héroïne, Gloria Gilbert, loue leur beauté fanée, préférée par elle à la fadeur du rénové. L’extrait, extra, vaut son pesant de cacahouètes :

‘I think it’s perfectly terrible ! she said furiously, ‘the idea of letting these people come here ! And of encouraging them by making these houses show-places.’

‘Well,’ objected Anthony, ‘if they weren’t kept up they’d go to pieces.’

‘What if they did!’ she exclaimed as they sought the wide pillared porch. ‘Do you think they’ve left a breath of 1860 here? This has become a thing of 1914.’

‘Don’t you want to preserve old things?’

‘But you can’t, Anthony. Beautiful things grow to a certain height and then they fail and fade off, breathing out memories as they decay. And just as any period decays in our minds, the things of that period should decay too, and in that way they’re preserved for a while in the few hearts like mine that react to them. That graveyard at Tarrytown, for instance. The asses who give money to preserve things have spoiled that too. Sleepy Hollow’s gone; Washington Irving’s dead and his books are rotting in our estimation year by year –then let the graveyard rot too, as it should, as all things should. Trying to preserve a century by keeping its relics up to date is like keeping a dying man alive by stimulants.’

‘So you think that just as a time goes to pieces its houses ought to go too?’

‘Of course! Would you value your Keats letter if the signature was traced over to make it last longer? It’s just because I love the past that I want this house to look back on its glamorous moment of youth and beauty, and I want its stairs to creak as if to the footsteps of women with hoop skirts and men in boots and spurs? But they’ve made it into a blondined, rouged-up old woman of sixty. It hasn’t any right to look so prosperous. It might care enough for Lee to drop a brick now and then. (’)

Elle parle d’Arlington House, je pleure Mount Vernon, Herculanum et tant d’autres beautés gâchées par un ravalement raté.

Bâtiments délabrés à Porto

Aveiro, Douro, Minho… #2: Parure en cheveux du Museu Nacional de Soares dos Reis

Ma fascination pour les bijoux en cheveux ne dORt jamais que d’un œil et fait au réveil flèche de tout bois… ce verre de vin vert !

C’est un ORdre.

Dégustation de vin vert

Liège, la veille de mon aventure lusitanienne. Fignolant une illu, je prête une OReille distraite au Sense and Sensibility de Jane AUSTEN (ou comment les livres audio ont changé ma vie) quand soudain, j’entends Marianne parler d’une bague, de cheveux, enfin, d’une bague en cheveux :

She was sitting by Edward, and in taking his tea from Mrs. Dashwood, his hand passed so directly before her, as to make a ring, with a plait of hair in the centre, very conspicuous on one of his fingers.

“I never saw you wear a ring before, Edward,” she cried. “Is that Fanny’s hair? I remember her promising to give you some. But I should have thought her hair had been darker.”

Marianne spoke inconsiderately what she really felt—but when she saw how much she had pained Edward, her own vexation at her want of thought could not be surpassed by his. He coloured very deeply, and giving a momentary glance at Elinor, replied, “Yes; it is my sister’s hair. The setting always casts a different shade on it, you know.”

Elinor had met his eye, and looked conscious likewise. That the hair was her own, she instantaneously felt as well satisfied as Marianne; the only difference in their conclusions was, that what Marianne considered as a free gift from her sister, Elinor was conscious must have been procured by some theft or contrivance unknown to herself. She was not in a humour, however, to regard it as an affront, and affecting to take no notice of what passed, by instantly talking of something else, she internally resolved henceforward to catch every opportunity of eyeing the hair and of satisfying herself, beyond all doubt, that it was exactly the shade of her own.

Grosso modo, le timide Edward porte au doigt un bijou en cheveux, ceux de sa sœur, dit-il. Marianne et ElinOR font mine de le croire mais croient surtout reconnaitre une mèche des cheveux d’ElinOR et s’en réjouissent.

Bracelets en cheveux exposés au musée Soares dos Reis

Plus tard, Lucy confie à ElinOR être secrètement fiancée à Edward et lui apprend que les cheveux sertis sont les siens :

I gave him a lock of my hair set in a ring when he was at Longstaple last, and that was some comfort to him, he said, but not equal to a picture. Perhaps you might notice the ring when you saw him?”

“I did,” said Elinor, with a composure of voice, under which was concealed an emotion and distress beyond any thing she had ever felt before.

“Life isn’t f’hair”, songe alORs héhé ElinOR.

Parure en cheveux exposée au musée Soares dos Reis

PorTO, une chaude journée de printemps. Papillonnant de vitrines en tableaux, je tombe nez-à-nez, fascinée, avec les bracelets en cheveux ici photographiés. Ils sont faits de citrine, de cheveux et d’OR, sont exposés au Museu Nacional de Soares dos Reis et je puis d’ORes et déjà l’écrire :

Je les adORe ; – )

Aveiro, Douro, Minho… #1

Culture de la vigne en terasses dans la vallée du Douro

‘He did nothing –and contrary to the most accredited copybook logic, he managed to divert himself with more than average content.’

F. SCOTT FITZGERALD, The Beautiful and Damned

Je vous parlais de mon envie de vert et de printemps, ignorant qu’elle me mènerait au pays du délicieux vin dit vert. Mais, en bonne opportuniste du voyage, je n’ai pu résister à l’offre impromptue d’aller me faire boire chez les Portugais et gaies.

AVEIRO

En guise d’apéro, quatre jours passés à voir Aveiro et me cacher des durs dards de son soleil, errant de banc en banc, me nourrissant de poissons en conserve et de citrons pressés. La ville, point grande, est charmante et pour peu que l’on délaisse l’épicentre du tremblement de terriens-touristes, on y flâne au calme, petite âme pâmée, éprise d’azulejos, enivrée d’Art Nouveau.

Marais salants d'Aveiro

La ville est charmante et pourtant ma préférence alla à trois lieux qui me donnèrent alors l’impression d’en être loin : le Cemetério Norte de Aveiro, émouvante fleur pétrifiée éclose dans le béton de la modernité ; le Museu de Aveiro où gît la sainte princesse Joanna, très belle fille de roi qui refusa jadis trois mariages et trois couronnes pour l’amour de son dieu ; et le Ria de Aveiro en sa version hors-chemin, terre de sel, d’algues et d’eau, royaume de flamants moins rosés que blancs. Le tout à découvrir en gobant des Ovos Moles  (œufs mous), pour leur goût, un peu, pour honorer, beaucoup, la géniale idée d’avoir ainsi baptisé des confiseries à la semblance d’œufs… durs !

Confiserie aux oeufs typique d'Aveiro

Sainte Joanna d'Aveiro se faisant couper les cheveux

LA VALLÉE DU DOURO

La vallée du Douro vue d’en-haut, y’a pas à dire, c’est vert beau. Mais à hauteur de vignes, la végétation Autre prend un sacré coup de jaune et l’envie d’un verre de Porto, un sacré coup de vieux. La faute à une flopée de solutions en « –ide » ?

Versants en terasses de la vallée du Douro

Heureusement, hors vignobles industriels, la vie reprend ses droits et la ripaille son goût. Coups d’cœur en vrac : l’incroyable O Meu Gatinho, à Cinfães, un resto à s’en pourlécher les babines ; à Cinfães toujours, la maison d’hôtes Cerrado dos Outerinhos pour le confort des lits, l’accueil du patron et le Pão de Ló de la patronne ; la Rota do Românico, route de l’Art roman, avec par exemple les ruines de Monte Castro Mozinho sur la commune de Penafiel ; le pont et les pâtisseries conventuelles d’Amarante, par exemple à la Confeitaria da Ponte.

À vite pour la suite…

Nuage qu’Iris…

Hiver en Cerdagne

“There being funerals coming every day, when the people saw me lying on the grave with my spade beside me, they thought I had gone quite deranged, and, pitying me, they, half by force, took me away; but no one offered me an asylum in his house, for they called me the man that was dead and risen again, and shunned me as being scarcely of this earth.”

James HOGG, Some Terrible Letters from Scotland

Nuage qui pleure… ou pas. Je vous écris de Cerdagne, loin d’mon matos et très en r’tard niveau boulot, la faute au boire, au manger, au lire et au dormir !

Arc-en-ciel sur un nuage

Iris, donc, comme la divine messagère aux pieds ailés semant derrière elle des rubans d’arcs-en-ciel.

Iris aussi comme les pupilles crevées des gris zombies d’In the Flesh, une lumineuse série britannique causant amour, peur de l’autre et… maquillage puisqu’avoir la peau grise quand pour montrer patte blanche, il s’agit d’être beige, c’est être condamné à ensevelir ses chairs sous une épaisse couche de fond de teint.

Nuage irisé

Peau nue, ces zombies ne sont point moches mais dégoutent pourtant comme dégoute parfois la femme sans fard.

— Anecdote —

Vendredi 12 décembre à midi, soit H-8 avant qu’on MP’Arles d’In the Flesh et J-2 avant que j’la dévore, une amie me raconte comment une actrice célèbre, célébrée et notoirement botoxée écourta un jour une entrevue parce que son interlocutrice avait les pores imparfaitement poudrés et que cet impudique épiderme l’angoissait.

Je me demande comment elle en est arrivée là et ce qu’elle penserait d’Amy Dyer. Je me demande aussi si je n’ai pas envie de plancher sur une resucée en BD de L’Île du Docteur Moreau avec Little Miss Hollywood dans le rôle de Prendick et Paris dans celui de Lille. Ça s’appellerait L’insoutenable nudité de l’être, haha… ha… argh.

— Fin de l’anecdote —

Pour conclure cette approximative chronique, j’écrirais qu’In the flesh est un drame fantastique fichtrement d’actualité, bien moins gore qu’un JT et si réussi que vous le conseiller est ma façon de vous souhaiter une riche et belle année !

À bientôt : – )

Nuages aux couleurs de l'arc-en-ciel

In a glass darkly de Sheridan Le Fanu

La forêt pétrifiée d’Arizona

Portrait naif de vieille dame embijoutée

J’rentrais tranquille, j’rentrais peinarde d’une journée de formation sabotée par un mal au cap, lorsque soudain me prit l’envie d’aller m’échouer sur le lit… mais j’me suis dit…

LAISSE pas BÉTON ton blog, hé, Raisin !

Forêt pétrifiée d'Arizona

Dear readers, may I introduce you to Lady Arizona, her cuddly dragon and the magnificent trees of the Petrified Forest National Park. This place, well, it ought to be sung, to cite the stouthearted Sam, but I’m no poet and will wisely let the pictures do the talking. Can you hear their whispers? Bon, bon, bon. Vous avez aimé les faux joyaux de Francine et le verre en vrac d’Henrik ? Laissez-moi vous présenter Dame Arizona, son dragon câlin et sa forêt plantée d’arbres pétrifiés:

Ecorce bijou d'un arbre pétrifié

Tronc pétrifié

Mais une forêt pétrifiée peut en cacher une autre. C’est ainsi qu’en recherchant le nom exact du parc protégeant ces joyaux arbres, j’ai découvert l’existence d’une Petrified Forest avec Bette Davis et Humphrey Bogart dans les rôles principaux. Ceci dit, une forêt disponible uniquement en VHS à la médiathèque de mon quartier existe-t-elle vraiment ? Et si vous l’avez vue, dois-je la voir aussi ou puis-je sereinement laisser béton ? By the way, have you ever watched The Petrified Forest movie starring Bette Davis and Humphrey Bogart? If so, is it as great as it sounds? And on another note, doesn’t the petrified bark below look like raw fish flesh?

Ecorce pétrifiée

Enfin, l’écorce ci-dessus vous évoque-t-elle à vous aussi de la chair à sushi ?

À vendredi, samedi ou manchedi,

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