Le fief des fous

Archer pêchant à l'arc

“I wanted to try and think out how it was that rational or even half-rational men could ever have learned to wear armor, considering its inconveniences; and how they had managed to keep up such a fashion for generations when it was plain that what I had suffered to-day they had had to suffer all the days of their lives. I wanted to think that out; and moreover I wanted to think out some way to reform this evil and persuade the people to let the foolish fashion die out;”

Mark TWAIN, A Connecticut Yankee in King Arthur’s Court

Après deux ans de tir groupé, voici que je dessine enfin, dédoublée, la fière équipe de mes dimanches matins. Dans notre bout de bois du bord de la grand-route, j’ai compté plus de moustiques que d’papillons, pas de poissons, un peu d’poison. Et pourtant, pour tant vous dire, du fond de mon temporaire bannissement, je m’méprends à regretter et le lopin et les copains.

Archer tricotant avec des flèches

Au moins, cela me laisse libre de dessiner peaufiné. L’image est grande, cinquante sur quarante centimètres, et j’ai passé sur elle un temps que je ne puis admettre. La bonne nouvelle, c’est qu’elle en jette. La mauvaise, c’est qu’vous n’en verrez ici que des extraits, rapport qu’elle s’rait boudinée dans une colonne prêt-à-porter.

Arbres naifs en forme de flèches et de hiboux

Archer arrosant des flèches-fleurs

( – : Voilà pour la forme.

Le fin du fond est confié à votre libre interprétation : – )

Tir, Adultes, Terrain

Amants s'unissant dans un champ de flèches

“Et ces beaux yeux d’un bleu transparent et humide, ces yeux d’eau, ces deux larges prunelles égarées comme plaintives dans la supplication d’un éternel adieu ?”

Jean LORRAIN, La dame en vert

Je connais ces yeux… bleus mais, fait curieux, les ai longtemps vus verts. Si tu passes par ici, joyeux co-anniversaire, comp’R !

Buissons de flèches

Sans transition (ou si peu), retour à l’image. Une sotte déchirure m’ayant depuis peu forcée à poser l’arc, je me défoule en dessinant des flèches par brassées : flèches-fleurs, aiguilles ou baguettes, soleil, lions et cachalots, cet automne-hiver, qu’on se le dise, Artémis-la-fière hantera les monts de mon imaginaire.

Couple s'aimant en plein air

Retour à l’image, bis. Artémis. Ces archers à la manque, perdus en pleine session de tir, risquent fort de lui déplaire et je l’déplore m’enfin, ils me sont chers, ce n’est pas non plus rien.

À bientôt ou t’ar…chère ; – )

J’été

Baigneuse tatouée s'adonnant à la pêche aux regards

“(U)pon which he ran down to the Still-yard Stairs, threw away his Shirt, and plung’d into the Thames, and, being a good swimmer, swam quite over the River, and the Tide being coming in, as they call it, that is running West-ward, he reached the Land not till he came about the Falcon Stairs, where landing, and finding no People there, it being the Night, he ran about the Streets there, Naked as he was, for a good while, when it being by that time High-water, he takes the River again, and swam back to the Still-yard, landed, ran up the Streets again to his own House, knocking at the Door, went up the Stairs, and into his Bed again; and that this terrible Experiment cur’d him of the Plague, that is to say, that the violent Motion of his Arms and Legs stretch’d the Parts where the Swellings he had upon him were, that is to say under his Arms and his Groin, and caused them to ripen and break; and that the cold of the Water abated the Fever in his Blood.”

Daniel DEFOE, A Journal of the Plague Year

Souviens-toi, ô lecteur, comme soudain l’été dernier, j’t’avais causé d’mon appart’ mal isolé. Et bien non, non rien n’a changé, tout, tout a continué. Concrètement, la surchauffe guette l’ordi et moi, n’osant l’éprouver, je brouillonne sur papier sans pouvoir finaliser.

Pour me consoler, je lis des livres collant à mes humeurs et à ma sueur… froide. L’été de l’an passé, les fantômes d’M.R. James, de James et de Wharton m’hantèrent, m’enterrèrent bien. Là, las (mais non hélas), ils ont filé l’flambeau aux pestiférés de Defoe et aux goules éthérées de Lorrain Jean, que je découvre enfin.

Bref, je lis et quand je ne lis pas, je lys dans la vallée.

Vous savez où m’trouver ; – )

Détresse des tresses

Bucherons équipés de ciseaux dans une forêt de tresses

 ‘Her hair was quite wonderful, I never saw hair so magnificently thick and long when it was down about her shoulders; I have often placed my hands under it, and laughed with wonder at its weight. It was exquisitely fine and soft, and in colour a rich very dark brown, with something of gold. I loved to let it down, tumbling with its own weight, as, in her room, she lay back in her chair talking in her sweet low voice, I used to fold and braid it, and spread it out and play with it. Heavens! If I had but known all!’

Joseph SHERIDAN LE FANU, Carmilla

Sur l’image, une forêt en des tresses, en détresse comme toutes les forêts et comme ma fausse raie sur l’côté. C’est qu’il y a peu, j’ai fait couper court mes cheveux, des cheveux longs depuis longtemps et remontés en chignon, souvent. J’arbore depuis un casque brun, sculpté dans la masse, au poil pour affronter l’été et mon besoin d’être éditée.

Sera-ce assez ?

Aveiro, Douro, Minho… #5: Parc National de Peneda-Gerês

Espigueros dans le parc national de Peneda-Gerês

‘Evidently, though he saw nothing, he suspected some sort of ambush, and was trying to go noiselessly. Wilfred saw all that, and he saw more, too. With a sudden and dreadful sinking at the heart, he caught sight of someone among the trees, waiting: and again of someone – another of the hideous black figures – working slowly along the track from another side of the field, looking from side to side, as the shepherd had described it. Worst of all, he saw a fourth – unmistakably a man this time – rising out of the bushes a few yards behind the wretched Stanley, and painfully, as it seemed, crawling into the track.’

M. R. JAMES, Wailing Well

Suite et presque fin de mon parcours lusitanien avec ces photos volées d’un Peneda-Gerês qui aurait dû être par moi dessiné. S’il ne l’a pas (plus) été, c’est que je manquais de temps : j’étais happée par le printemps.

Lande de bruyère rose au nord du Portugal

Tombe anthropomorphe dans le parc national de Peneda-Gêres

Mais puisqu’il est arrivé, l’été, peut-être croquerai-je enfin l’orange de ses oranges et le noir des toilettes, désuètes, dont se vêtent ses vieilles. Peut-être maculerai-je mon écran blanc du lilas de ses glycines, du jaune de ses abeilles, du gris de ses espigueiros. Peut-être tremperai-je mon stylet dans ses champs roses de bruyères, et peut-être même que j’y laisserai des plumes (ceci est une allusion peu fine à Stanley Judkins, dindon du Wailing Well de M. R. JAMES, plumé dans un champ) (voir l’extrait ci-haut cité).

Glycine dans un village portugais

Peut-être aussi me souviendrai-je les bras croisés.
C’est une possibilité.