Tu m’écoutes ?

Hors train et sorties en dehors d’mon traintrain, je prends de plus en plus rarement le temps de lire. Me restent les livres audio écoutés en dessinant. Voici deux pépites découvertes récemment :

Miss Marjoribanks, un roman de Margaret Oliphant dont l’héroïne, Lucilla, fut souvent comparée (avantageusement) à l’Emma de Jane Austen. Le pourquoi d’ce comment, à l’écoute, est évident. Lucilla déchire, tout simplement.

Les whodunits de Dorothy Leigh Sayers lus par Ian Carmichael. Humour, personnages emblématiques et modernité de ton… je fonds et dis : « Agath’addicts…foncez ! ».

Puis enfin, file au lit.

Youpi : – )

Tennis sur toison

Ophelia, he thought? But there were two opinions to that, just as there were two opinions about Norma. Was Ophelia mad or was she pretending madness?

Agatha CHRISTIE – Third Girl

L’été dernier m’est née l’envie de dessiner l’tennis des années ’20. Phryne Fisher dans « Game, Set & Murder », ce blanc, ce vert, ce glam’ : jus, j’eu soudain envie de légèreté… et de citron pressé. Après tout, c’était l’été.

Le temps a passé, il m’a manqué, tu m’as manqué, mais l’envie, elle, est restée. Ce matin fut fignolée, finie, la première image de la série. L’idée de départ est celle-ci : si un citron en passe d’être pressé remplaçait la traditionnelle balle jaune en l’jeu, ne serait-ce pas rafraichissant ?

Mais le citron pressé aussi a un revers, un envers, un inverse. Ne dit-on pas pressée comme un citron ? Et là, par ultra libre association d’idées, vous avez : burn-out, dépression, noyade et saut d’un pont. Ophélia.

Ma joueuse est-elle une Ophélia ?

Mettons. Mais là où l’héroïne shakespearienne mourrait d’amour et d’son amère désillusion, la mienne est une alchimiste qui a su d’sa sueur, d’ses pleurs, d’son amertume, faire de la citronnade. Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas d’l’amer à boire.

Positivons ; – )

PS : Ceci écrit, je sors de ma bulle et découvre qu’Ophélia est aussi le nom de baptême d’une tempête frappant l’Irlande aujourd’hui. Bad timing.

Jacques a dit Kitsch

Plus je bosse et moins j’publie : si je n’lavais déjà perdu, pour sûr, j’en perdrais mon latin… ou pas. Des projets avortés et d’autres sur lesquels il m’faut secret garder, des brouillons attendant trop sagement leur mise au propre et des images… d’plus en plus chronophages : c’est un début d’explication.

Ce dessin de cintre est un détail tiré de Préface, portrait fraichement achevé, portrait par moi brossé de l’excentrique marquise Luisa Casati. Ce cintre, je l’avais pensé simple, en bois clair, à la semblance de ceux choisis pour servir ma penderie. Mais quelque chose clochait, m’insatisfaisait même. Résultat : je me suis acharnée et, de retouches en rajouts, mon cintre s’est mis à ressembler fort, très, trait pour trait, aux cintres crochetés que j’admirais enfant chez mon arrière-mère-grand.

Cela sans que je l’aie voulu.

Le fait est que certains objets ont le don d’impacter notre imaginaire. Pourquoi eux, c’est fort mystérieux. L’plus amusant étant que, comme l’écrit Beaton, « [c]e sont bien souvent (…) des influences d’une valeur artistique contestable [qui agissent le plus sur notre goût] » (Cecil BEATON, Cinquante ans d’élégances et d’art de vivre).

J’assume.

Grave ; – )

Mère. Poule. Art.

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Enfin du n’œuf sur le blog.

Ces temps derniers, j’ai pourtant bien bossé et si cette image fut longue à pondre, c’est que l’un de mes outils m’a lâchée en cours d’elle. Piqure de rappel reçue à point nommé, l’rappel de ne jamais, au grand jamais placer tous ses œufs peints dans le même panier. L’tout sans s’éparpiller, c’n’est point gagné mais le défi est relevé.

Mère poule, mère pour l’art, mère poule art. L’image est simple et ses teintes pastel charmantes mais sa légèreté, elle, n’est qu’apparente. Désirer un poussin et sacrifier ses œufs pour l’signifier, l’idée m’a d’abord séduite par son absurdité.

Mais absurde, l’est-ce à mille pourcents?

Il arrive si souvent que dans la vie, l’on se sabote sans oser s’l’avouer. Fausses bonnes idées, barreaux imaginaires, franchement, y’a d’quoi faire. Il arrive aussi la pensée magique, l’espoir du fantastique, Pygmalion et sa statue, le Pinocchio de Geppetto et de Théophile l’Omphale qui se refusait à faire tapisserie et qui tant de nuits, prit vie. Il arrive enfin qu’l’on ait envie d’vider son sac et que l’oreille compatissante ait grand besoin qu’on lui fasse un dessin.

Absurde, oui, certainement, mais du fond du puits je vous demande ceci : s’fait-on jamais d’Hamlet sans casser deux… ou même m’aime trois œufs ? Mère Poulard, eh !

L’image est simple mais brouillée de symboles, de détails et de clés : avez-vous bien noté les papillons dans l’ventre et les larmes à l’envers, le phare et les cafards grimés en scarabées pour conjurer la chance ? Et le masque, ce masque qui peut tout renverser, l’avez-vous remarqué ? Est-ce un masque de fécondité là pour appeler ou le masque d’mère poule que j’ai vu m’élever, étonnant masque social, splendidement porté ?

Afficher ou masquer, à quoi joue ce masque, en vérité ?

Je vous laisse trancher ; – )

Sang toi

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All day, she lies in her coffin in her négligé of blood-stained lace. When the sun drops behind the mountains, she yawns and stirs and puts on the only dress she has, her mother’s wedding dress, to sit and read her cards until she grows hungry.

Angela CARTER, The lady of the house of love

Battant ces mois l’pavé liégeois, il me fut donné d’admirer plusieurs fois la juxtaposition lumineuse, merveilleuse, d’un vêtement rose et d’une peau noire. L’rouge plus brun, je connaissais, m’y adonnant depuis qu’ado, j’avais vu la Kriss des Archers en porter. Mais brun et rose, c’était tout autre chose.

Brun, rouge et rose… L’envie de former un ménage à trois me titillait et v’là-t’y pas que l’portrait d’mes menstrues s’y prêtait ? Il fut brossé avec en ligne de mire Correspondance(s)#2, une expo collective made by l’Hangar. Tir loupé mais la décoche était au poil, c’est l’arbitre qui l’a dit ; – )

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Voici, pour les intéressés, comment m’est née l’idée de Rambelle menstruelle. Hématophobes s’abstenir.

« Correspondance(s) » m’a d’abord évoqué le parfait emboitement de deux intimités et le désir qui chez moi est rarement plus puissant qu’en veille de période salissante. Désir puis sang puis… douleur, tuante et tout tuant. Guerre menstruelle, baston en l’con.

 M’est alors revenue en mémoire cette scène de Game of Thrones où Jon l’ignorant se voit rappeler que les filles voient plus de sang que les garçons :

Ygritte: “What’s ‘fainting’?

Jon Snow: “When a girl sees blood and collapses.

Ygritte: “Why would a girl see blood and collapse?

Jon Snow: “Well…not all girls are like you.

Ygritte: “Well, girls see more blood than boys.

 Elle parle règles quand il pense guerre et moi, je ne pense plus guère : je vois Rambo, son affiche, ses parodies et sans crier gare, l’analogie formelle entre la balle et le tampon. Des trous, du sang. La balle est cause, le tampon conséquence. Correspondance.

Correspondance aussi les morpions dessinés désignant par antanaclase la possible présence révélée par l’absence. Perte ou non perte de sang… ou perte tout simplement. Faire avec ou faire sans, à défaut de faire sens.

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Et toujours s’efforcer de voir la vie en j’ose (NDLA).