Rope

Sirènes antiques encordées à leur lit de crânes

J’ai connu à Londres un Anglais qui faisait collection des cordes de pendus. Il avait voyagé dans une portion du globe et dans l’autre ; il avait des correspondants ; par lui et par ses correspondants, il s’était mis en relation avec les bourreaux des quatre parties du monde. Aussitôt un homme pendu en Europe, en Asie, en Afrique ou en Amérique, l’exécuteur coupait un bout de la corde, et envoyait cela avec un brevet d’authenticité à notre collectionneur, lequel en échange lui retournait le prix de son envoi ;

Alexandre DUMAS, Les mariages du père Olifus

Voici rare, si rare fait, un bout d’dessin inachevé, montré non coloré, en traits. Faut avouer qu’l’en-cours et l’brouillonné peuvent souvent si peu cacher que vous les dévoiler ici ne me plait qu’à moitié. Mais l’image en cours ne sera pas de sitôt finalisée alors bon gré mal gré, j’ai risqué.

À vous livrés, ainsi, des crânes moult nombreux croquant par leurs racines des pissenlits, trois cages bientôt dorées plus trois sirènes en plumes et encordées, pendues en sursis surgies, comme qui dix raies, d’un fantastique récit. F. Avis d’ailleurs aux amateurs non de nouvelles mais de légendes, La capote du pendu de Marcellin Lagarde, courte relation des hauts faits d’un singulier vêtement made in Remouchamps, m’avait, ado, fait forte impression.

Sans transition,
Xoxo,
D

Paris fantastique

Pêche miraculeuse sur la façade du palais de la Porte Dorée

Depuis que le sort m’avait précipité en le trou de catacombes, je m’étais efforcé de ne m’étonner de rien et de me préparer à tout. Qu’un lac se fût présenté à mes regards, quand j’espérais un mince filet d’eau, que des canards se fussent ébattus à portée de ma main quand je n’osais entrevoir pour le contentement de ma faim que le repas un peu maigre des chétifs asellides ; qu’une femme, plus belle de dos que toutes les femmes imaginées par le rêve des sculpteurs, se fût dressée pour mon éblouissement, sur la rive moussue d’une pièce d’eau des catacombes à l’heure de son bain ; que cette femme, s’étant retournée, au lieu de m’exhiber le visage humain, me montrât un groin rose dépourvu d’yeux, mon Dieu ! tout cela, tout cela pouvait s’expliquer ; mais que cette femme, avec son groin rose, parlât le plus pur français, la plus pure langue d’oïl du commencement du quatorzième siècle, oh ! cela ! cela était tout à fait extraordinairement étourdissant !

Gaston LEROUX, La double vie de Théophraste Longuet

La semaine dernière, j’ai saisi l’occasion de revoir Paris et de fuir, aussi, le bruit des couvreurs œuvrant sur l’toit qui présentement m’abrite. Six jours et ces sept découvertes … “fantastiques” . Quelque part dans le 12e arrondissement, le bas-relief d’Alfred Janniot pour le Palais de la Porte Dorée, vestige de l’exposition coloniale de 1931 (ou comment le subjectivement beau jaillit parfois de l’objectivement laid).

" "

Au musée d’Orsay, une fabuleuse armoire en bois doré et sculpté à la gouge à motifs de croix celtique et autres ornements, d’inspiration personnelle de la reine Marie de Saxe-Cobourg-Gotha, par August Ritzel (1906).

" "

Les formes, couleurs et mystères signés Maurice Denis, vus au musée d’Orsay, au musée d’Art moderne de la ville de Paris, à l’église du Saint-Esprit et au musée Maurice Denis de Saint-Germain-en-Laye.

" "

La forêt des catacombes et ses os-papillons. Il paraît que bientôt, de modernes Sous-Préfets partiront s’y coucher et y vider des verres plutôt qu’d’en déclamer.

" "

La très troublante, l’eh ! épatante œuvre de Kuniyoshi, découverte plus tard que jamais dans le cadre d’une Fantastique ! expo au Petit Palais. Mention spéciale à l’Haltérophilie pour les Tanuki (1842), parce que Pompoko d’Isao Takahata, et parce que.

" "

L’expo Henry Darger au MAMVP, fenêtre entrouverte sur un surprenant jardin secret.

" "

Enfin, les femmes à bec d’oiseau exposées au Louvre mais trouvées en Syrie, merveilleuses, émouvantes, boudées comme il se doit par les sots à selfies.

Bon mardi : – )

Aveiro, Douro, Minho… #5: Parc National de Peneda-Gerês

Espigueros dans le parc national de Peneda-Gerês

‘Evidently, though he saw nothing, he suspected some sort of ambush, and was trying to go noiselessly. Wilfred saw all that, and he saw more, too. With a sudden and dreadful sinking at the heart, he caught sight of someone among the trees, waiting: and again of someone – another of the hideous black figures – working slowly along the track from another side of the field, looking from side to side, as the shepherd had described it. Worst of all, he saw a fourth – unmistakably a man this time – rising out of the bushes a few yards behind the wretched Stanley, and painfully, as it seemed, crawling into the track.’

M. R. JAMES, Wailing Well

Suite et presque fin de mon parcours lusitanien avec ces photos volées d’un Peneda-Gerês qui aurait dû être par moi dessiné. S’il ne l’a pas (plus) été, c’est que je manquais de temps : j’étais happée par le printemps.

Lande de bruyère rose au nord du Portugal

Tombe anthropomorphe dans le parc national de Peneda-Gêres

Mais puisqu’il est arrivé, l’été, peut-être croquerai-je enfin l’orange de ses oranges et le noir des toilettes, désuètes, dont se vêtent ses vieilles. Peut-être maculerai-je mon écran blanc du lilas de ses glycines, du jaune de ses abeilles, du gris de ses espigueiros. Peut-être tremperai-je mon stylet dans ses champs roses de bruyères, et peut-être même que j’y laisserai des plumes (ceci est une allusion peu fine à Stanley Judkins, dindon du Wailing Well de M. R. JAMES, plumé dans un champ) (voir l’extrait ci-haut cité).

Glycine dans un village portugais

Peut-être aussi me souviendrai-je les bras croisés.
C’est une possibilité.

Le cas Paracas

Porteuses de lunettes noires et de bouquets d'yeux

« Là-bas, tout contre le mur de toile, là où les agrès filaient en oblique vers le cintre, et où, faute de banquettes, le public n’avait pas accès, un objet hallucinant était posé sur une traverse : une marmite aux anses évasées…

Mais ce qui était effroyable, c’est que le chaudron vivait d’une vie diabolique, grimaçant hideusement, tandis qu’un long bras grêle, qui semblait lui être poussé, gesticulait comme une tentacule de pieuvre. »

Jean RAY, Harry Dickson – On a tué Mr. Parkinson

Voici qu’une fois cette image terminée, je m’offre le temps de faire le ménage et de feuilleter, en voulant le ranger, un livre prêté par une amie… Un livre pour m’inspirer (qu’elle disait), un livre feuilleté puis reposé sur une pille vacillante de lectures en attente.

Bref, cette image : j’étais partie sur une dominante parme et kaki mais rien n’Alphonse Allais. Ô rage, ô touches et retouches et oh… v’là-t’y pas qu’soudain, mes banquières s’retrouvent parées des couleurs (presque) de Paracas !

Textiles Paracas comme source d'inspiration

Mais ça, je ne l’ai compris qu’en retrouvant ce livre. Ainsi va l’inspiration : on la prend, on la digère puis on la recrache sans mal y penser. Les photos sont tirées du catalogue Paracas, trésors inédits du Pérou ancien, une coédition Musée du quai Branly/Flammarion.

Couleurs inspirantes des textiles Paracas

Exemple bis (et tardif) : Hier soir (le 17/03, soit bien après avoir commis cet article), en pleine période Jean RAY’ve encore, ma pile d’Harry Dickson trop tôt épilée, j’opte pour une relecture de Malpertuis. Voici ce que j’y lis :

« À plusieurs reprises, j’ai vu une jeune fille de grande beauté, assise immobile auprès de ce tombeau.

J’ai voulu lui adresser la parole, mais chaque fois que je me dirigeais vers elle, je la vis disparaître comme une fumée. J’ai pourtant pu voir qu’elle portait un bandeau noir sur les yeux et que sa chevelure, rouge comme du cuivre brûlant, était bien étrange. »

Ça m’en a bouché un coin, comme dirait l’autre. Il vous faut savoir qu’Euryale la belle a les yeux (révol)verts.

À tout tôt ; – )

Nuage qu’Iris…

Hiver en Cerdagne

“There being funerals coming every day, when the people saw me lying on the grave with my spade beside me, they thought I had gone quite deranged, and, pitying me, they, half by force, took me away; but no one offered me an asylum in his house, for they called me the man that was dead and risen again, and shunned me as being scarcely of this earth.”

James HOGG, Some Terrible Letters from Scotland

Nuage qui pleure… ou pas. Je vous écris de Cerdagne, loin d’mon matos et très en r’tard niveau boulot, la faute au boire, au manger, au lire et au dormir !

Arc-en-ciel sur un nuage

Iris, donc, comme la divine messagère aux pieds ailés semant derrière elle des rubans d’arcs-en-ciel.

Iris aussi comme les pupilles crevées des gris zombies d’In the Flesh, une lumineuse série britannique causant amour, peur de l’autre et… maquillage puisqu’avoir la peau grise quand pour montrer patte blanche, il s’agit d’être beige, c’est être condamné à ensevelir ses chairs sous une épaisse couche de fond de teint.

Nuage irisé

Peau nue, ces zombies ne sont point moches mais dégoutent pourtant comme dégoute parfois la femme sans fard.

— Anecdote —

Vendredi 12 décembre à midi, soit H-8 avant qu’on MP’Arles d’In the Flesh et J-2 avant que j’la dévore, une amie me raconte comment une actrice célèbre, célébrée et notoirement botoxée écourta un jour une entrevue parce que son interlocutrice avait les pores imparfaitement poudrés et que cet impudique épiderme l’angoissait.

Je me demande comment elle en est arrivée là et ce qu’elle penserait d’Amy Dyer. Je me demande aussi si je n’ai pas envie de plancher sur une resucée en BD de L’Île du Docteur Moreau avec Little Miss Hollywood dans le rôle de Prendick et Paris dans celui de Lille. Ça s’appellerait L’insoutenable nudité de l’être, haha… ha… argh.

— Fin de l’anecdote —

Pour conclure cette approximative chronique, j’écrirais qu’In the flesh est un drame fantastique fichtrement d’actualité, bien moins gore qu’un JT et si réussi que vous le conseiller est ma façon de vous souhaiter une riche et belle année !

À bientôt : – )

Nuages aux couleurs de l'arc-en-ciel

In a glass darkly de Sheridan Le Fanu