Forêt d’rêve

Vision naive d'une forêt engloutie

Je vais vous révéler en peu de mots un grand mystère de la vie humaine. L’homme s’épuise par deux actes instinctivement accomplis qui tarissent les sources de son existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deux causes de mort : VOULOIR ET POUVOIR. Entre ces deux termes de l’action humaine, il est une autre formule dont s’emparent les sages, et je lui dois le bonheur et ma longévité. Vouloir nous brûle et pouvoir nous détruit ; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme. Ainsi le désir ou le vouloir est mort en moi, tué par la pensée ; (…) Rien d’excessif n’a froissé ni mon âme, ni mon corps. Cependant, j’ai vu le monde entier. (…) Ma seule ambition a été de voir. Voir, n’est-ce pas savoir ? (…) Mes débauches étaient la contemplation des mers, des peuples, des forêts, des montagnes ! J’ai tout vu, mais tranquillement, sans fatigue ; je n’ai jamais rien désiré, j’ai tout attendu. Je me suis promené dans l’univers comme dans le jardin d’une habitation qui m’appartenait.

Honoré de BALZAC, La peau de chagrin

Enfin réconciliée avec la prose balzacienne, je m’en vais voir et reviens mi-avril. Portez-vous bien et à la revoyure! I’m going on a three weeks adventure. See you in April, take care!

Ô Méduse, méduse-moi!

Sirène bifide

L’ancien officier de marine prie Son Altesse Sérénissime de vouloir bien accepter sa démission d’attaché au Muséum et de membre des expéditions océanographiques, pour ce motif qu’ayant lui-même été pêché, mis dans une espèce d’aquarium et descendu au bout d’une ficelle, en manière d’amorce ou d’appât, il éprouve alors une indomptable répugnance à faire subir aux autres le sort qu’il a subi chez les sarvants.

Maurice RENARD, Le Péril Bleu

Vous l’aurez compris : fan de fantastique, oui, de zoos, volières et autres aquariums, pas trop. C’est pourtant en visitant celui de Monterey, en Californie, que je me suis (re)découvert une passion pour les méduses, leur translucidité et leurs hypnotisants déplacements.

Lent ballet des méduses à l'aquarium de Monterey

Méduses à l'aquarium de Monterey

Là où méduses et fantastique se rejoignent, c’est lorsque celles-ci prolifèrent, naufragent les bateaux et bloquent un réacteur nucléaire. Pollution, pullulation… Mon imaginaire fait des heures sup’ ! Fantastiques aussi les méduses de mon enfance dont les cadavres mouchetaient, l’été, les tristes plages. En les regardant, j’avais le cœur battant, la chair frissonnante et l’impression de toucher du doigt une vérité ancienne et longtemps oubliée. 

Méduses échouées en grand nombre sur les plages belges

Il y a un an, j’ai, pour toutes ces raisons, acheté une étole médusée. Sauf qu’avec le recul, j’ai parfois l’impression d’avoir vaguement bradé un imaginaire qui, lui, n’avait pas de prix. Un bout de moi contre un bout de soie ?

Cheveux épars ou parure en cheveux?

Collier en cheveux

Krang le nævus, ma tignasse poivre et sel fraichement taillée et moi-même, parée d’un fantastique ras-de-cou en cheveux, mes cheveux. Présage, fantasme ou simple dessin ? Krang the nævus, a salt-and-pepper pixie cut and my good old unexpressive self adorned with a fantastic jewel made of what used to be my hair. Nothing more than a dream… for now ; – )

*** LES BIJOUX EN CHEVEUX, GENÈSE D’UNE FASCINATION *** MY FASCINATION WITH HAIRWORK, A GENESIS ***

1. Les sirènes d’Andersen, troquant leurs cheveux enchanteurs contre le salut de leur jeune sœur. The little sea-princesses’ desperate attempt to save their younger sister by chopping their locks off.

2. Les déterrements de « vampires » arborant des chevelures dont la mort n’aurait pas entravé la fabuleuse croissance. The Eastern European folk-tales about vampires and their ever-growing hair.

3. La chevelure de MAUPASSANT. MAUPASSANT’s A Tress of Hair.

– Une planche glissa et j’aperçus, étalée sur un fond de velours noir, une merveilleuse chevelure de femme ! Oui, une chevelure, une énorme natte de cheveux blonds, presque roux, qui avaient dû être coupés contre la peau, et liés par une corde d’or. Je demeurai stupéfait, tremblant, troublé ! Un parfum presque insensible, si vieux qu’il semblait l’âme d’une odeur, s’envolait de ce tiroir mystérieux et de cette surprenante relique. Je la pris, doucement, presque religieusement, et je la tirai de sa cachette. Aussitôt elle se déroula, répandant son flot doré qui tomba jusqu’à terre, épais et léger, souple et brillant comme la queue en feu d’une comète. Une émotion étrange me saisit.

4. La tresse coupée d’une amie, conservée dans une pochette en plastique transparent, quelque part sous son lit. My friend’s own tress of hair sleeping in a plastic envelope somewhere under her bed.

5. Du médiocre The Grudge (Gaffe à Google Images), je ne retiens qu’une chose: la souple chevelure noire de l’Onryo, dégoulinant par vagues du plafond. Plus troublante est la légende dont il est inspiré, celle de la jeune Oiwa san, trompée, défigurée et humiliée, qui, en perdant ses longs cheveux, perdit aussi son humanité. Japanese ghost, anyone? The Grudge was a mediocre remake but I still remember the Onryo’s long black hair sprouting from the ceiling. And then of course, if you’re in the mood for reading, the story of how lady Iowa lost her hair as well as her soul is a beautiful one, one that rings true.

6.Enfin, magie de notre époque, ces fascinants articles consacrés aux bijoux en cheveux et dénichés au hasard de l’internet. And last but not least, those fascinating articles on the lost art of sentimental Hairwork are definitely worth reading. 

Bonne semaine and a happy new week ; – )

Vent pire en rafale

Prenons garde que la vieillesse ne nous attache plus de rides à l’esprit qu’au visage (Michel de Montaigne)

Trois vampires

Je dessine souvent des sirènes… par amour du voyage, des rivages et de ce léger décalage, ce fumet fantastique qu’exhale une sirène figurée hors de l’eau. Mais dans mon imaginarium, les canines acérées ont depuis longtemps détrôné les écailles et, à défaut d’images, m’inspirent des histoires qu’il me tarde d’écrire enfin. Aussi, dans l’attente de ces futures et fort hypothétiques publications, je vous prie d’agréer, cher lecteur, ce témoignage de mon goût distingué  ; – )

I’d like to write vampire tales one day but after watching Thirst yestereve, I feel like praising other people’s far greater accomplishments ; – ) Here are some of my favorite vampire-related works:

1. Valérie au pays des merveilles (Jaromil JIRES, Valerie a týden divů, 1970): une œuvre fantastique, onirique et sensuelle, dont chaque plan est un tableau et où les vampires ne sont finalement que la cerise sur le gâteau.

Valérie au pays des merveilles, film de Jaromil Jires

2. Count Dracula (Philipp SAVILLE, 1977): un téléfilm réalisé pour la BBC avec Louis Jourdan, qui livre une performance inoubliable et toute en retenue dans le rôle titre.

Louis Jourdan interprétant Dracula

3. Being Human (Toby WHITHOUSE, UK version, seasons 1-3): Probablement la meilleure série fantastique de ces dernières années, alternativement drôle, sombre et émouvante avec, en prime, un casting impeccable, des décors soignés (un papier-peint David le gnome <3) et des dialogues au poil. La saison 3 finit en apothéose et, n’ayant pas l’âme d’un capitaine de navire, j’ai préféré sauter du wagon à ce moment-là.

George dans la série britannique Being Human
4. Morse
(Thomas ALFREDSON, 2008) : L’ambiance, le jeu des acteurs, le scénario… tout est bon, dans le morse ! Et quand y’en a plus, y’en a encore puisque, pour une fois, le remake américain (Let me in, Matt REEVES, 2010) se hisse à la hauteur de l’original.

Morse, film de Thomas Alfredson
5. Thirst
(Park CHAN-WOOK, 2009): Thérèse Raquin est un vampire… et elle adore ça ! Un film esthétique, maîtrisé et étrangement réaliste. Les 20 dernières minutes sont à couper le souffle.

Scène du film Thirst de Park Chan-Wook

6. Où sont passés les vampires ? (Ioanna ANDREESCO, 2004) : une enquête ethnographique riche et bien écrite qui s’intéresse aux croyances et pratiques associées aux revenants dans les villages isolés d’Olténie (Roumanie).

Où sont passés les vampires, livre d'Ioanna Andreesco

On se donne rendez-vous en 2014, pour la suite ? En attendant, si vous avez des choses à me conseiller, je suis preneuse : – ) Sorry for leaving so many parts untranslated, I’m terribly late and in a big fat hurry… I’ll treat you better next time, I promise!

East Coast trip… # 2: Baltimore, museums

Baltimore, c’est aussi des musées et en premier lieu, l’American Visionary Art Museum, qu’il me tardait de découvrir et qui s’est révélé être plus qu’à la hauteur de mes attentes. Coups de cœur d’entre les coups de cœur : Beatrice CORON, Chris ROBERTS-ANTIEAU, Esther KRINITZ, Christine McCORMICK, Malcolm McKESSON et, last but not least, le screen painting, une forme d’art dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Bémol : les photos sont interdites à l’intérieur du musée et les catalogues disponibles à la vente sont comme souvent peu inspirants.

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Les collections permanentes du Walters Art Museum valent assurément le coup d’œil et sont en libre accès, ce qui ne gâche rien. En dehors des peintures (Le massacre des Innocents, Bartolo DI FREDI et Andrea DI BARTOLO, circ. 1380!)(Judith cutting off the head of Holofernes, Trophime BIGOT, circ. 1640!!), la joaillerie art-déco, les émaux peints de Limoge et l’art japonais ont, en particulier, retenu mon attention. Photo ci-dessous: médaillon en émail peint représentant la déesse Ops (Léonard LIMOSIN, circ. 1540).

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The Baltimore Poe House and Museum a (temporairement ?) fermé ses portes, faute de financement, mais les fans peuvent toujours aller rendre hommage à l’écrivain dans le cimetière où il repose… et en profiter pour admirer les imposants caveaux dessinés par l’architecte Maximilian Godefroy.

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Un détour par le Reginald F. Lewis Museum of Maryland African American History & Culture peut également valoir le coup. Malheureusement, je suis arrivée au musée une heure avant la fermeture, ce qui est bien trop peu pour avoir le temps de tout lire (c’est un musée où on lit beaucoup).

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Enfin, pour les amateurs d’art urbain, les rues de Baltimore sont un musée à elles seules : – )

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