Il faut vouivre, Francine!

Vieille dame parée de nombreux bijoux

Voici ma grand-mère Francine qui n’est pas une quiche mais fut souvent roulée dans la farine. Je lui ai tiré le portrait pour un projet qui aura je l’espère, moins d’insuccès que les précédents. Voici aussi un stock de gemmes en toc, les siennes et puis les miennes, dont les couleurs s’harmonisent avec celles du dessin. Voici enfin trois longs extraits de La Vouivre, l’œuvre qui me fit aimer Marcel AYMÉ. Elle n’est paraît-il pas sa meilleure, elle garde pourtant ma préférence et saura peut-être gagner la vôtre. Today is Sunday, it’s raining and this blog is in great danger of losing its sparkle. But do not despair, lovely readers, here are three jewels related tidbits: a drawing of my beloved grandma Francine who likes gardening and collecting, a picture of some trinkets she once gifted me and some excerpts of La Vouivre by Marcel Aymé, the French king of magical realism; his Vouivre being a nymph whose fair head is adorned with a priceless ruby. The novel has not been translated into English yet but some of his short stories were and are very well worth discovering.

La Vouivre, ainsi.

Dryade et naïade, indifférente aux travaux des hommes, elle parcourt les monts et les plaines du Jura, se baignant aux rivières, aux torrents, aux lacs, aux étangs. Elle porte sur ses cheveux un diadème orné d’un gros rubis, si pur que tout l’or du monde suffirait à peine à en payer le prix. Ce trésor, la Vouivre ne s’en sépare jamais que pendant le temps de ses ablutions. Avant d’entrer dans l’eau, elle ôte son diadème et l’abandonne avec sa robe sur le rivage. C’est l’instant que choisissent les audacieux pour tenter de s’emparer du joyau, mais l’entreprise est presque surement vouée à l’échec. À peine le ravisseur a-t-il pris la fuite que des milliers de serpents, surgis de toutes parts, se mettent à ses trousses et la seule chance qu’il ait alors de sauver sa peau est de se défaire du rubis en jetant loin de lui le diadème de la Vouivre. Certains, auxquels le désir d’être riche fait perdre la tête, ne se résignent pas à lâcher leur butin et se laissent dévorer par les serpents.

Ma collection de gemmes en toc

La Vouivre, donc. La Vouivre libre et immortelle, la Vouivre descendue des sommets et qui hante la plaine…

Le curé avait dû constater, la rage au cœur, qu’il n’y avait chez ces gens-là pas la moindre trace d’un effroi sacré. C’était bien toujours la même chanson. Ils s’étaient habitués à la Vouivre, ils l’avaient déjà digérée. Sur le plan pratique, ils s’en accommodaient avec une indéniable sagesse, une sagesse conforme à l’esprit du dogme chrétien, c’était bien le plus enrageant. D’autre part, ils avaient rangé leurs certitudes à l’égard de son existence dans une cloison étanche de leur conscience, là où elles ne risquaient pas de provoquer un accès de fièvre religieuse : et ce, avec la même aisance des générations passées conciliant, dans un ordre inverse, superstition et religion. Rien à espérer de ces paysans. C’était la pente mystique qui manquait. Du reste, ils ne s’étaient pas montrés hostiles à l’idée d’une procession. Mais ils ne s’y étaient pas attachés non plus. Au plus fort de la moisson, ils avaient des préoccupations autrement importantes.

La Vouivre, roman de Marcel Aymé

Mon exemplaire, acheté chez Oxfam, est enrichi d’enchanteresses illustrations signées D.A. STEILEN. Cela ne gâte rien, vive le seconde-main!

La Vouivre sur laquelle glissent les sentiments et qui se demande ce que c’est finalement que d’être humain:

Moi, qui ai vu apparaitre les premiers hommes dans le Jura et se succéder des milliers de générations, tu penseras peut-être que je les connais mieux que personne. La vérité, c’est que vous m’avez toujours étonnée. Il y a dans vos têtes quelque chose qui n’est pas dans la mienne, quelque chose que je sentais déjà chez les hommes des cavernes, et je voudrais bien savoir quoi. Quand je suis avec toi, j’attends toujours que tu me l’apprennes.

L’apprendra-t-elle ?

Qui lira l’saura et qui vouivra verra, les amis… Prenez soin de vous : – ) Merci for visiting my blog, take care!

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